La grille de salaire de la Convention collective 66 s’appuie sur un système de coefficients multipliés par une valeur du point fixée à 3,93 € depuis juillet 2022, auquel s’ajoute une prime de sujétion de 9,21 %. Ce mécanisme permet de calculer précisément la rémunération des professionnels du secteur social et médico-social, en tenant compte de leur qualification et de leur ancienneté. Nous vous proposons d’explorer ensemble :
- Les fondements et le champ d’application de cette convention nationale
- Le fonctionnement concret de la grille salariale et ses composantes
- Des exemples chiffrés par métier pour comprendre votre positionnement
- Les garanties légales lorsque le salaire conventionnel est inférieur au SMIC
Comprendre votre grille de salaire vous permet de vérifier vos bulletins de paie et de revendiquer vos droits de manière éclairée.
Qu’est-ce que la Convention collective 66 (CCN66) ?
La Convention Collective Nationale 66, identifiée sous le code IDCC 413, encadre les droits et obligations des salariés travaillant dans les établissements et services du secteur social, médico-social et éducatif à but non lucratif. Signée le 15 mars 1966, elle constitue le texte de référence pour l’ensemble des structures d’accompagnement social et médico-social privées non lucratives.
Cette convention s’applique aux organismes qui interviennent auprès de publics spécifiques nécessitant un accompagnement particulier : personnes en situation de handicap, mineurs sous protection judiciaire, adultes en difficulté sociale ou psychologique, personnes dépendantes ou en situation de réinsertion professionnelle et sociale.
La CCN66 définit l’ensemble des règles relatives aux conditions de travail, aux classifications professionnelles, aux rémunérations minimales, aux congés, à la formation professionnelle et à la protection sociale. Elle garantit un socle de droits communs à tous les salariés du secteur, quel que soit l’établissement employeur.
Qui est concerné par la convention 66 ?
La convention 66 s’applique à un large éventail de structures et de professionnels du secteur social et médico-social.
Les structures concernées incluent les établissements dédiés à l’éducation spécialisée pour enfants handicapés (IME, ITEP), les structures d’hébergement pour personnes handicapées ou âgées (MAS, FAM, foyers de vie), les maisons d’enfants à caractère social (MECS), les centres de soins contre l’alcoolisme ou la toxicomanie, les établissements et services d’aide par le travail (ESAT), ainsi que les services d’aide à domicile avec accompagnement social.
Les professionnels couverts exercent des métiers variés : personnel éducatif (éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, animateurs), personnel soignant (infirmiers, aides-soignants, accompagnants éducatifs et sociaux), personnel administratif (agents de bureau, secrétaires), personnel de service (agents d’entretien, lingerie, cuisine), et encadrement (psychologues, chefs de service, directeurs).
Pour qu’un organisme soit concerné par la CCN66, son activité principale doit relever de l’accompagnement social ou médico-social à but non lucratif. Les établissements publics ne sont pas couverts par cette convention, de même que les structures à but lucratif.
Comment fonctionne la grille de salaire de la CCN66 ?
La grille de salaire de la Convention 66 repose sur un système de classification par coefficients qui détermine la rémunération de base de chaque salarié.
Le coefficient constitue le premier élément du calcul. Il est attribué selon trois critères : la qualification du salarié (diplôme, compétences), la fonction exercée (responsabilités, technicité) et l’ancienneté dans l’établissement. Chaque métier dispose d’une grille spécifique avec un coefficient de départ et une progression liée aux années d’exercice.
Le salaire indiciaire se calcule en multipliant le coefficient par la valeur du point en vigueur. Cette valeur est actualisée périodiquement par négociation entre partenaires sociaux.
La prime de sujétion représente 9,21 % du salaire indiciaire. Elle reconnaît les contraintes particulières liées à l’exercice des métiers du secteur : horaires décalés, travail auprès de publics fragiles, charge émotionnelle importante. Cette prime s’ajoute automatiquement au salaire indiciaire pour tous les postes, sauf pour les cadres dont elle est intégrée directement dans le coefficient.
La progression salariale s’effectue selon un rythme défini par la convention. L’ancienneté permet de passer d’un coefficient à un autre, généralement tous les 2 à 3 ans. Cette progression est automatique et ne dépend pas de l’évaluation individuelle.
Quelle est la valeur du point dans la convention 66 en 2024 ?
Depuis le 1er juillet 2022, la valeur du point recommandée par Nexem (principale organisation patronale du secteur) s’élève à 3,93 €. Cette valeur est largement appliquée par la majorité des employeurs adhérents aux organisations patronales signataires de la convention.
Certains employeurs non adhérents utilisent encore l’ancienne valeur de 3,82 €, mais cette pratique tend à disparaître. La valeur de 3,93 € s’est progressivement imposée comme la référence du secteur.
Aucune revalorisation n’est intervenue en 2023 et 2024, ce qui signifie que la valeur de 3,93 € reste d’actualité pour l’ensemble de l’année 2024. Nous vous conseillons de vérifier sur votre bulletin de paie quelle valeur du point est appliquée par votre employeur.
Comment calculer son salaire selon la grille CCN66 ?
Le calcul du salaire brut mensuel selon la Convention 66 suit une méthode précise que nous vous détaillons pas à pas.
Étape 1 : Identifier votre coefficient – Consultez votre bulletin de paie pour repérer votre coefficient actuel. Celui-ci dépend de votre qualification et de votre ancienneté.
Étape 2 : Calculer le salaire indiciaire – Multipliez votre coefficient par 3,93 €. Exemple pour un coefficient 434 : 434 × 3,93 = 1 705,62 €
Étape 3 : Ajouter la prime de sujétion – Calculez 9,21 % du salaire indiciaire. Exemple : 1 705,62 × 0,0921 = 157,09 €
Étape 4 : Obtenir le salaire brut de base – Additionnez le salaire indiciaire et la prime de sujétion. Exemple : 1 705,62 + 157,09 = 1 862,71 €
Cas particuliers : Pour les cadres (coefficients 800 et plus), la prime de sujétion est déjà intégrée dans le coefficient. Le calcul se limite donc à multiplier le coefficient par 3,93 €.
Du brut au net : Le salaire net correspond au salaire brut diminué des cotisations sociales (environ 22 à 25 %). Un salaire brut de 2 000 € donnera environ 1 500 à 1 560 € nets.
Grille de salaires CCN66 : exemples par métier et ancienneté
Nous vous présentons des exemples concrets de rémunérations pour différents métiers du secteur, calculés avec la valeur du point à 3,93 € et la prime de sujétion de 9,21 %.
| Métier | Début de carrière | Après 10 ans | Après 28 ans |
|---|---|---|---|
| Agent de bureau | 1 599 € | 1 715 € | 1 908 € |
| Moniteur-adjoint | 1 599 € | 1 761 € | 2 101 € |
| Agent de service | 1 601 € | 1 717 € | 1 910 € |
| Personnel soignant (AMP, AES) | 1 700 € | 1 979 € | 2 275 € |
| Éducateur spécialisé | 1 863 € | 2 446 € | 3 270 € |
| Cadre (psychologue) | 3 144 € | 3 584 € | 4 024 € |
Les agents de service débutent à 1 601 € bruts mensuels et atteignent 1 910 € après 28 ans. Les éducateurs spécialisés bénéficient d’une grille nettement plus avantageuse grâce à leur qualification : de 1 863 € en début de carrière à 3 270 € après 28 ans, soit une progression de 75 %.
Les cadres comme les psychologues débutent à 3 144 € et peuvent atteindre 4 024 € en fin de carrière. Cette progression valorise l’expérience acquise au fil des années.
Que faire si le salaire conventionnel est inférieur au SMIC ?
La loi française garantit que tout salarié à temps plein doit percevoir au minimum le SMIC, quelles que soient les dispositions de sa convention collective.
Le SMIC en 2024 : Depuis novembre 2024, le SMIC brut mensuel s’établit à 1 801,80 € pour 35 heures hebdomadaires.
Le principe de faveur : Lorsque le salaire calculé selon la grille conventionnelle est inférieur au SMIC, c’est automatiquement le SMIC qui s’applique. Votre employeur ne peut légalement vous rémunérer en dessous de ce minimum.
Exemple concret : Un agent de service débutant perçoit selon la grille 1 601 € bruts mensuels. Ce montant étant inférieur au SMIC de 1 801,80 €, l’employeur doit obligatoirement verser 1 801,80 €. L’écart de 200,80 € constitue un complément différentiel garantissant le respect du minimum légal.
Si vous constatez que votre salaire est inférieur au SMIC alors que vous travaillez à temps plein, vous devez immédiatement alerter votre service RH. Cette situation constitue une infraction au Code du travail. Les rappels de salaire sont possibles sur les trois dernières années.

